Dessin de nuage 4°C  lundi 9 avril 2001, 9h45
DP vient d’appeler : elle doit me communiquer des choses qu’elle a vécues avec Marie, mon heure sera la sienne. Comme c’est elle qui a eu l’obligeance de laisser un message mercredi pour me faire savoir que Marie était en coma léger depuis le matin et que ses jours, sinon ses heures, étaient comptés, je vais la rappeler au bureau dans le courant de la journée. Post-it collé.
Ma aussi a appelé, le jeudi, pour m’annoncer que « Marie nous avait quittés ». Elle aussi je pouvais la rappeler pour parler mais le soir même avait lieu le concert de M-P (!!), j’ai donc laissé un merci sur son répondeur, juste avant de rappeler S, qui avait pris la peine de laisser un message à 8h. J’ai dit que j’étais désolée, il m’a remerciée pour ce que j’avais fait – a-t-il précisé aux soins palliatifs?
Vendredi c’était au tour de JL de laisser un message à propos d’une cérémonie au Centre funéraire.
Post-it collé :
dimanche 8 avril de 10 à 2
Centre funéraire
Ch. CdN
peintures exposées… photos…
2h cérémonie
suivie d’un buffet
J, la copine à Marie
Je pouvais la rappeler chez S… J’ai d’abord trouvé gentil qu’elle me prévienne, ensuite sa précision du buffet m’a parue bizarre : étais-je supposée la rappeler pour lui offrir mes services, une spécialité, une contribution?
J’ai profité du départ d’A et des filles pour faire déposer une enveloppe au nom de JL, contenant copie du courriel que Marie aurait voulu lui faire parvenir le 10 mars au Guatemala. Mm m’a dit le lendemain que le courrier du jour occupait toujours la boîte aux lettres, même le ruban noir du texte* envoyé le matin par D pendait encore.
10h25 C’est fait : DP m’a fait connaître des bribes de la mort de Marie, elle était là. Combien il y avait de monde hier, dont certaines auraient voulu me voir : elle a cité C et T, les 2 sœurs. Et elle m’a répété que Marie regrettait de ne pas m’avoir écrit, mais elle me l’avait déjà dit. J’ai corrigé D quand elle a dit que Marie avait écrit à plein de monde : une quinzaine, loin. Pas aux proches, à part S et G. J’ai vérifié : Marie n’a pas utilisé d’autres scribes que moi, du moins n’a-t-elle pas écrit à D.P., pas plus qu’à M.M., juste à ceux qu’elle voulait rapprocher. Même procédé qu’en 97-98.
Selon D.P., son état se serait détérioré dès le mardi matin, lendemain de la fête à G. Gardé ses forces pour le retour de J.L. qui est arrivée juste à temps jeudi, semble-t-il. J’ai cru comprendre qu’il n’y avait que des amis autour d’elle à l’heure H, personne de la famille.
Et ce qu’elle voulait me transmettre, ce sont les éloges de C et T, et le fait que Marie regrettait de ne pas m’avoir écrit, mais ça elle me l’avait déjà dit au téléphone, un certain mardi. Je croyais que c’était suite à la visite de Ma. Mais D.P. était peut-être là aussi. D.P. m’appelle « l’amie de l’ombre ».

*Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu’il la mangerait, le loup ne se pressait pas; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.
-Ha! Ha! la petite chèvre de M. Seguin; et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d’amadou.
Blanquette se sentit perdue… Un moment, en se rappelant l’histoire de la vieille Renaude qui s’était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu’il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite; puis, s’étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Seguin qu’elle était… Non pas qu’elle eût l’espoir de tuer le loup, – les chèvres ne tuent pas le loup,- mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude…
Alors le monstre s’avança, et les petites cornes entrèrent en danse.
Ah! la brave chevrette, comme elle y allait de bon cœur! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d’une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe; puis elle retournait au combat, la bouche pleine… Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait:
-Oh! pourvu que je tienne jusqu’à l’aube…
L’une après l’autre, les étoiles s’éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents…  Une lueur pâle parut dans l’horizon… Le chant d’un coq enroué monta d’une métairie.
-Enfin! dit la pauvre bête, qui n’attendait plus que le jour pour mourir; et elle s’allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang…
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
Alphonse Daudet

5 avril 2011

10 ans que Marie est morte.  A-t-elle refait sa vie? Pense-t-elle à nous, encore, autant qu’on pense à elle? Est-elle installée pour l’éternité? Ou s’est-elle réincarnée? On peut espérer qu’elle ne souffre plus de ce qui l’a fait mourir.

Dessin de soleil 5°C    lundi 2 avril 2001 14h22
N’ai pas rappelé Marie L. depuis ma visite de vendredi. Je sais pourtant qu’elle ne peut plus composer seule, qu’elle a la main posée sur le téléphone. Je sais aussi qu’il y a au moins 5 personnes à qui elle projette d’écrire, elle m’a fait prendre leurs noms en note vendredi dernier. Mais j’ai entendu un peu de la conversation qu’elle avait avec le Dr LC : il semble que T lui ait écrit, il était question de faire une grande réunion de famille mais ça a été abandonné. J’ai cru comprendre que T aurait besoin de se faire préciser l’état terminal de Marie… ce serait si simple si celle-ci ne la harcelait pas pour qu’elle vienne la voir. J’ai écrit 15 lettres sous dictée et toutes, à part les 2 à S et à G, réclamaient des visites ou des téléphones, sous forme d’espoir bien sûr. Aucun adieu.

Ma et L-P étaient allés voir Marie le matin, l’ont trouvée lucide, s’est rappelée qu’elle avait offert des marionnettes à L-P pour ses 10 ans.

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