Lundi 14 avril 97, 13h05

N’ayant pas eu de téléphone de Marie avant mon départ à 10h20, je suis partie pour la pharmacie porter le film à développer afin d’avoir les photos demain.

Soleil –2°C Mardi 15 avril 97, 8h30
Les écureuils se courent, les oiseaux chantent… n’était que du temps frais pour la saison, ce serait divin.
Marie est-elle  à l’hôpital? Quand je l’ai quittée à 4h hier après-midi, elle n’avait toujours pas eu d’appel de l’hôpital pour lui dire où se rendre.
En fait, vers 3h, elle a eu un appel de B, l’assistante de L (?) qui était convaincu qu’elle avait eu sa biopsie cardiaque. J’ai alors appris qu’elle avait « foxé » cet examen le 4 avril, parce qu’elle ne voulait pas manquer la cabane à sucre. Et là, elle se réjouissait de la possibilité d’avoir une journée de congé de plus.
Finalement, Toya est venue : elle a appelé Marie, qui a appelé l’agence, et elle est venue. Elle fait le ménage de la chambre de G.
Mme B a rapporté le livre à Marie. Elle débitait les lieux communs du genre : faut pas lâcher, faut garder le moral et elle a fait la gaffe de me prendre à témoin et j’ai répondu que je n’en avais pas vu, de gens qui survivent à ce traitement.
Peut-être que c’est ça qui a obligé Marie à s’asseoir : elle a mis ça sur le compte de la visite trop verbo-motrice de Mme B; elle avait presque la nausée, elle a mis ça sur le compte de ses gros repas des derniers jours (salade et gâteau au fromage chez Franni, fondue chinoise farcie au fromage la veille…). Elle m’a montré la carte réalisée par G avec Publisher.
Mm, elle, s’est informée à G de ce qu’il avait reçu comme logiciel et s’est fait répondre qu’elle ne comprendrait pas!! … Je sais que je ne devrais pas me sentir si insultée par cette réponse, je devrais plutôt essayer de comprendre pourquoi il a répondu ainsi à Mm.
Marie était en pyjama, je pense que son dimanche lui est rentré dans le corps. Elle a dit avoir eu des étourdissements – 2 – le matin et elle a pensé à ma labyrinthite. Je l’ai détrompée, surtout que le premier est venu de son lever trop brusque.
Elle a tenu à apporter ses affaires d’aquarelle – elle n’y a pas touché depuis le début mars. Aussi L’île mystérieuse, qu’elle a depuis le début janvier et dont elle n’a pas lu 10 pages mais elle ne veut pas changer : ça vient de G. Et comme elle se rappelle que j’ai dit pouvoir lui en lire… S lui prête sa robe de chambre, ce que j’ai trouvé une bonne idée parce qu’elle est plus mince que la peluche rouge de Marie, avec le mois de mai qui arrive, elle va trouver ça plus chaud à l’hôpital. Elle a retrouvé ses bas dans son sac, après les avoir cherchés depuis 15 jours : paire sale, l’autre trouée. Elle a fini par apporter la machine à vagues, au cas où…

15h33 : J’ai appelé Marie vers midi… et elle m’a répondu. Elle voulait prendre une marche vers 2h. A ce moment-là, elle avait parlé à B; elle devra avoir sa biopsie avant de poursuivre le protocole et ce sera vendredi. Elle attendait un autre appel pour le renouvellement de ses médicaments, qu’elle espérait pouvoir se faire par téléphone.
Elle a voulu changer de trajet mais le carré P-H a été trop pour elle. Elle avait hâte d’arriver au « petit parc » dont je lui avais parlé au bout de H, bien avant d’avoir fini P. Au retour, elle s’est assise sur des marches et celles de chez elle ont été dures à monter.

Mercredi 16 avril 97, 9h

 Je devrais donc être libre cet après-midi, si Marie veut se promener. Mais elle sent sa prothèse de ce temps-ci. Et elle va se remettre à penser à sa maladie, elle va peut-être réfléchir à l’avance qu’elle a laissé prendre à son cancer en refusant de passer la biopsie le 4 avril. Selon elle, tout ce à quoi ça va servir à L, c’est de savoir s’il change la chimio ou pas. Mais a-t-elle pensé à la possibilité qu’il abandonne le protocole si ses organes sont trop atteints?

Elle avait eu un appel de sa nièce pour savoir si son cancer en était un du sein car elle veut subir une réduction mammaire et ça pourrait jouer là-dessus. Suite à ça, son frère l’a appelée, s’excusant … Il a été question qu’il vienne en fin de semaine.

Nuages +2°C
Jeudi 17 avril 97
J’ai eu une migraine hier. Ça m’a pris chez Marie, on avait marché 1 heure au soleil après mes courses sur Décarie, et on regardait les photos que j’avais été prendre à la pharmacie. Et voilà les scotomes. Je suis partie pendant, et ça a eu l’air de s’en aller.

Je ne sais pas si Marie appellera aujourd’hui. Elle a vomi tout son 7-up et son bol de chips juste au début de la marche mais elle a voulu continuer. Parc P, la rue qui y aboutit, H, arrêt pour boire chez elle sur ma suggestion, puis comme elle voulait encore marcher : P, L, H, H. On a rencontré 4 personnes qui la connaissaient, dont le monsieur italien au chien qui, paraît-il, donnait des lifts à Marie avant qu’elle aie une voiture. Elle lui a dit qu’elle avait un cancer mais qu’elle reviendrait à la vie en janvier prochain.
Je garde mes doutes pour moi : est-ce normal de vomir par le nez aussi?

Marie avait appelé sa sœur à T, au travail, seul lien où elle a le téléphone, semble-t-il.

Elle a eu la confirmation de son rendez-vous : vendredi 12h30, biopsie. J’ai su que M était venue avec M-P vendredi dernier et elles sont allées au parc. La rage de marche de Marie m’a fait remarquer celle d’une femme qui marche d’un pas gymnastique toute l’année, sac au dos. Je pensais qu’elle allait travailler mais la fréquence de ses passages, à toute heure du jour (8h ce matin) a éveillé mes soupçons : que fait-elle?

Cette nuit, j’ai pensé à ce que je ferais si j’avais un diagnostic sévère, en plus de me brancher sur Internet et de refuser les visites.

J’avais laissé un message à Marie lui disant que je prendrais l’autobus d’1h mais elle a pu me rappeler puisque j’avais changé d’idée et décidé d’attendre le facteur, au plus tard jusqu’à l’autobus suivant. J’étais coiffée et habillée quand il a apporté un colis

Neige 0°
Vendredi 18 avril 97, 15h30

J’ai eu beau m’informer 2 fois à Marie après sa partie de sucre : jamais pu savoir si elle l’avait eu. Je lui en ai encore envoyé un hier soir intitulé 2HopScie.

Marie Lemonde, après être allée dîner avec DP et les éducatrices de J, m’a appelée à 12h50 pour venir ici, je lui ai dit à 2h. J’étais à … quand elle a sonné. On a jasé jusqu’à 3h15 et je suis partie avec elle prendre mon autobus.

Dimanche 20 avril 97, 9h40  soleil 7°C
Marie L. m’a parlé 2-3 fois de piano depuis 1 mois. D’abord, elle-même aurait aimé ça; ses sœurs aînées ont suivi des cours. Ça s’est arrêté à elle et sa mère a même donné le piano au voisin, constatant que ses filles ne pratiquaient pas.
Puis jeudi dernier, elle a parlé de M-P, trouvant que le petit frère serait sans doute plus doué qu’elle car il chante naturellement beaucoup alors que M.P. doit être forcée, son xylophone paraissait à Marie une manière d’avoir M près d’elle plus qu’un plaisir. Elle lui paraît plus logique que FD. Mais, et je n’ai pas eu le réflexe de le lui dire, la musique est parente des mathématiques. Ce n’est pas parce qu’il est blond et bouclé  que ça fait de lui un artiste. A moins que ce ne soit parce que c’est un gars. Est-ce que Marie aurait souhaité être un homme? Est-ce qu’elle les envie?
Et jeudi aussi, elle a remarqué le tableau de Mme G.  S’est montrée surprise qu’elle ait peint. Et là je lui ai expliqué que j’avais mis ma belle-mère face à ses rêves, de dessin il y a 15 ans, avec un résultat quasi inexistant, de musique il y a 10 et 4 ans, avec à peine plus de satisfaction de sa part. Marie s’est alors rappelé qu’elle avait de la peinture à l’huile qui lui venait de sa sœur T. Elle songeait à s’y mettre, j’ai parlé de l’odeur (elle aime) puis de l’espace requis par le temps de séchage et ça c’était problématique.
Soleil et nuages
Lundi 21 avril 97, 8h30
…Et celui de Marie, écrit hier matin, ne m’a pas plu non plus par sa date : elle disait que sa biopsie était reportée à mardi.

Il ne manque qu’une émission de Barry Lovegrove et Marie aura la série complète de 13, sur 1 seule cassette.
..
10h15 : Marie vient d’appeler. Elle a eu mon e-mail samedi. Je lui ai dit que le sien avait été plus chanceux que celui de G. Finalement elle avait rendez-vous avec le cardiologue vendredi et a appris dans son bureau que sa biopsie était pour mardi. Elle prévoit aller sur D, magasiner, cet après-midi. Je ne lui ai pas offert de l’accompagner, pas plus qu’elle ne me l’a demandé. Elle a dit avoir pris de très longues marches, sans préciser si elle était seule. Elle n’a pas eu la visite de son frère mais elle a pu le rejoindre pour savoir s’il venait ou non.

Soleil Mercredi 23 avril 97, 8h54

En revenant, j’ai laissé un nouveau message à Marie L. qui m’a rappelée presque aussitôt : la biopsie s’est bien passée – 10 minutes -, elle revenait du dépanneur à Pl. B, et là elle allait se reposer, accumulé de la fatigue. Je ne lui ai pas demandé si c’était attribuable à la rue D de lundi.

Marie a appelé à 9h50. Elle aurait voulu découvrir le raccourci d’A, mais comme j’avais prévu cette demande, j’étais en mesure de refuser. L’ayant pris hier matin, j’ai pu réaliser qu’il serait dangereux pour Marie. Je lui ai expliqué tous mes motifs, en lui disant qu’elle aurait beau l’essayer avec quelqu’un d’autre mais que moi je refusais cette responsabilité. Elle a opté pour le raccourci de Mr, à 1h30 elle passe me prendre.
12h20
Soleil Le soleil persiste. Crème solaire, boutons. Je me demande si Marie a l’intention de se rendre jusqu’au village Mr.

3 mai 2008
Avec le temps, je me suis souvent demandé “pourquoi n’ai-je pas…?” “mais comment ai-je pu…?”
Tant de choses oubliées, à commencer par la chronologie, les faits, leur succession, les choix, l’impuissance… J’avais oublié combien la morphine intervenait tôt, je ne me rappelais que le dernier automne, l’impatience de retourner à la maison quand l’heure de la dose approchait, les dernières semaines aux soins palliatifs, les douleurs au crâne, les infirmières qui ne peuvent offrir que des Tylenol entre deux doses. Mais je ne suis pas rendue là dans les cahiers, j’ai peut-être tout faux.